Quand j’étais petit, on m’avait offert un livre sur l’espace.  Il parlait de planètes, d’étoiles, de galaxies et de tout ce qui se trouve au-delà de notre monde. 

 Mais au milieu de ces pages se cachait une petite photographie en noir et blanc tirée de La Guerre des mondes. 

 Cette image me terrorisait tellement que mes parents ont fini par cacher le livre. 

 Et pourtant, des années plus tard, ce qui me faisait peur est devenu l’une de mes plus grandes fascinations. 

 

Grandir avec les extraterrestres

  Je suis né en 1983, à une époque où les extraterrestres occupaient déjà une place importante dans la culture populaire. 

 Quelques années auparavant, Rencontres du troisième type avait fait des OVNI et du contact extraterrestre le cœur d’un grand spectacle populaire. Puis E.T. avait donné à toute une génération une vision beaucoup plus tendre et familière de l’extraterrestre. 

 En grandissant dans les années 1980, cet imaginaire était donc déjà bien installé : au cinéma, à la télévision, dans les livres, les magazines et les histoires que l’on se racontait. 

 

L’adolescence : vouloir croire

 À l’adolescence, ma fascination pour les OVNI a pris une autre dimension. 

 Dans les années 1990, les extraterrestres n’étaient plus seulement ceux des films de mon enfance. Ils semblaient soudain se rapprocher du réel. 

 Il y avait les témoignages d’observations, les récits de rencontres étranges, les photographies floues, les lumières inexpliquées dans le ciel, Roswell, la Zone 51 et toutes ces histoires entourées de secret qui nourrissaient l’idée qu’on ne nous disait peut-être pas tout. 

 À cette époque, j’étais abonné au magazine UFO. J’attendais les nouveaux numéros et je dévorais les témoignages, les enquêtes et les faits divers consacrés aux phénomènes inexpliqués. 

 Et puis il y avait X-Files. 

 La série arrivait au moment parfait. Elle mélangeait tout ce qui me fascinait : les OVNI, les enlèvements extraterrestres, les expériences secrètes, les conspirations, les phénomènes paranormaux et surtout cette impression permanente que la vérité était quelque part, dissimulée derrière ce que l’on nous montrait. 

 C’était aussi une époque très différente d’aujourd’hui dans notre manière d’accéder à l’information. 

 Internet commençait à peine à entrer dans les foyers. Tout le monde n’avait pas encore d’ordinateur à la maison et, lorsqu’il y en avait un, il était souvent partagé par toute la famille. Pas de smartphone, pas de vidéo disponible instantanément, pas des centaines de sources à comparer en quelques secondes. 

 Une histoire étrange pouvait donc conserver son mystère beaucoup plus longtemps. 

 On la découvrait dans un magazine, au journal télévisé, dans une émission consacrée au paranormal, sur une cassette VHS ou par quelqu’un qui en avait entendu parler. 

 Et certaines images devenaient presque mythiques. 

 Je me souviens notamment de la fameuse vidéo de l’autopsie de l’extraterrestre de Roswell. Ces images granuleuses en noir et blanc étaient présentées comme celles d'une créature récupérée après le crash supposé de 1947. 

 Vraies ? Fausses ? 

 À l’époque, il était beaucoup plus difficile de le savoir immédiatement. 

 Et c’était justement dans cet espace entre le doute et l’envie d’y croire que toute la fascination pouvait s’installer. 

 Puis, en 1997, il y a eu Hale-Bopp. 

 Cette fois, il ne s’agissait ni d’une photographie douteuse ni d’un témoignage extraordinaire. Il suffisait de lever les yeux. 

 Une véritable comète traversait notre ciel, immense et lumineuse. Mais, comme souvent dès qu’un phénomène céleste spectaculaire apparaissait, le mystère ne tarda pas à s’en mêler. 

 Une rumeur commença à circuler : un objet mystérieux accompagnerait Hale-Bopp. 

 Pour certains, il ne s’agissait pas d’une étoile ou d’un phénomène astronomique, mais d’un véritable vaisseau dissimulé dans le sillage de la comète. 

 Il faut se replacer dans le contexte de l’époque. Nous étions en 1997. Internet commençait tout juste à entrer dans les foyers et les informations les plus étranges circulaient d’une manière très différente d’aujourd’hui. Une photographie, une émission de radio, quelques témoignages ou une rumeur reprise ici et là pouvaient rapidement prendre des proportions considérables. 

 L’histoire de l’OVNI accompagnant Hale-Bopp prit d’ailleurs une tournure particulièrement sombre avec Heaven’s Gate, un groupe dont les membres étaient convaincus que le passage de la comète représentait le moment qu’ils attendaient pour quitter la Terre.

 En mars 1997, trente-neuf d’entre eux se donnèrent la mort. 

 À quatorze ans, tout cela contribuait forcément à rendre Hale-Bopp encore plus fascinante. 

 Dans le ciel, il y avait un phénomène astronomique bien réel, visible de mes propres yeux. Et autour de lui gravitaient déjà les rumeurs, les extraterrestres, les croyances, les théories et les histoires les plus incroyables. 

 C’était exactement ce qui me fascinait dans les OVNI : un fait réel autour duquel l’imaginaire pouvait soudain s’emballer. 

 On levait les yeux vers la même comète. Mais chacun pouvait y voir une histoire différente. 

 

Et puis les OVNI sont revenus

 Avec les années, cette fascination s’est faite plus discrète, mais elle n’a jamais vraiment disparu. 

 Et puis, quelque chose d’assez inattendu s’est produit.  Les OVNI sont revenus sur le devant de la scène.  Ou plutôt les UAP, pour Unidentified Anomalous Phenomena, le terme désormais utilisé officiellement aux États-Unis pour désigner les phénomènes anormaux non identifiés. 

 Le sujet que je découvrais adolescent dans les pages de magazines spécialisés, entre deux témoignages et une photographie floue, se retrouvait désormais évoqué beaucoup plus sérieusement : rapports officiels, auditions, témoignages de pilotes militaires, vidéos rendues publiques et documents provenant d’agences gouvernementales. 

 Une collection d’archives entièrement consacrée aux UAP a même été créée aux Archives nationales américaines, avec des documents qui continuent progressivement d’être rendus accessibles au public. 

Cela ne signifie évidemment pas que les gouvernements ont apporté la preuve que des extraterrestres nous rendent visite. 

 Et finalement, ce n’est même pas ce qui m’intéresse le plus. 

 Ce qui m’a frappé, c’est de voir resurgir, des décennies plus tard, les mêmes questions qui me fascinaient adolescent. 

 Des objets observés dans le ciel.  Des témoignages.  Des images difficiles à interpréter.  Des explications possibles.  Et parfois, malgré tout, un point d’interrogation qui demeure. 

 Le sujet que l’on associait autrefois facilement aux magazines spécialisés et aux émissions consacrées au paranormal avait soudain retrouvé une forme de légitimité. 

 Je retrouvais exactement cette zone qui m’avait toujours attiré : l’espace situé entre ce que l’on sait, ce que l’on croit savoir et ce que l’on ne parvient pas encore à expliquer. 

Et forcément, tout cet imaginaire est revenu avec lui.

 Les soucoupes volantes. Les petits gris. Roswell. Les lumières dans le ciel. Les rencontres impossibles. 

Et cette vieille phrase qui m’accompagnait depuis X-Files : I WANT TO BELIEVE. 

 C’est à ce moment-là que l’idée d’en faire une collection de bijoux a commencé à s’imposer. 

 

I WANT TO BELIEVE : donner une forme à l’inconnu

 C’est de toutes ces images, de tous ces souvenirs qu’est née I WANT TO BELIEVE. 

 Pour cette collection, je ne voulais pas simplement reprendre les codes classiques de l’extraterrestre et de la soucoupe volante. Je voulais construire mon propre petit univers et donner une véritable présence aux objets. 

 J’ai donc commencé par modéliser moi-même les soucoupes en 3D, en travaillant leur forme, leurs volumes et leurs détails comme s’il s’agissait de véritables petits engins venus d’ailleurs. 

 Le choix des matières s’est ensuite imposé assez naturellement. 

 Pour une collection qui parle d’aliens, de technologie inconnue et de vaisseaux extraterrestres, l’idée d’utiliser uniquement des pierres naturelles me semblait presque trop terrestre.

J’ai donc volontairement choisi des pierres synthétiques. 

 J’aime justement ce qu’elles évoquent ici : quelque chose de créé, de fabriqué, presque artificiel. Une matière qui pourrait aussi bien provenir d’un laboratoire que d’une technologie dont on ne connaîtrait pas l’origine. 

 L’opale, avec ses reflets changeants, avait une place évidente dans cet univers. Selon la lumière et l’angle sous lequel on la regarde, ses couleurs apparaissent, disparaissent et se transforment. Elle possède quelque chose d’insaisissable qui correspond parfaitement à l’imaginaire des OVNI. 

 J’ai aussi utilisé de la résine photoluminescente, capable d’emmagasiner la lumière avant de la restituer dans l’obscurité. 

 Comme si le bijou avait absorbé quelque chose. Une lumière. Une énergie. Ou peut-être les traces d’une rencontre que l’on ne saurait vraiment expliquer. 

 La bague Abduction est probablement la pièce qui résume le mieux l’esprit de toute la collection. 

 Je voulais qu’elle ne représente pas simplement une soucoupe volante posée sur une bague. 

 Je voulais qu’il se passe quelque chose. J’ai donc imaginé un système avec un axe permettant à la soucoupe de pivoter sur elle-même. On peut ainsi choisir quelle face du vaisseau laisser apparaître. 

 D’un côté, la surface métallique de la soucoupe, plus froide, mécanique, presque industrielle. 

 De l’autre, l’opale et la résine photoluminescente, qui révèlent une face beaucoup plus étrange et lumineuse. 

 Deux aspects d’un même objet. Le visible et le caché. La machine et l’inconnu. 

 Et il suffit de faire pivoter la soucoupe pour passer de l’un à l’autre. 

 C’est exactement ce que je voulais raconter avec I WANT TO BELIEVE. 

 Des bijoux inspirés de tout ce qui m’a fasciné depuis l’enfance :

 les soucoupes volantes

les petits gris, 

 les témoignages impossibles, 

 les lumières dans le ciel,

 et cette frontière incertaine entre ce que l’on peut expliquer et ce que l’on a simplement envie de croire. 

 Parce qu’au fond, malgré les années, la question reste toujours la même. 

 Et s’il y avait vraiment quelque chose là-haut ?