Certaines villes possèdent des monuments. D'autres ont des légendes. 

 À Sète, entre les canaux, les quais et la Méditerranée, il existe une histoire que l'on raconte encore parfois, une histoire où se mêlent un poulpe géant, le soleil et un pêcheur nommé Giovanni. 

 Je ne sais pas si cette légende est aussi ancienne que la ville. Je ne sais même pas si elle a été transmise fidèlement au fil des générations. Mais depuis que je l'ai découverte, elle ne m'a jamais quitté.  Aujourd'hui encore, elle nourrit mon imagination et inspire une grande partie de mes créations. 

 Lorsque le Poufre voulait voler le soleil 

 On raconte qu'autrefois, dans une grotte cachée sous les falaises de Sète, vivait une gigantesque pieuvre que les anciens appelaient le Poufre. 

 Chaque année, au moment du solstice d'été, le monstre quittait les profondeurs. 

 Il remontait jusqu'au port, s'agrippait aux bateaux des pêcheurs et les faisait chavirer. 

 Les habitants pensaient qu'il était animé par la colère. 

 Un pêcheur nommé Giovanni, plus courageux que les autres, décida pourtant d'aller lui parler. 

 Il lui demanda :  « Pourquoi détruis-tu nos bateaux ? » 

 Le Poufre répondit simplement :  « Je ne cherche ni vos poissons, ni vos richesses. Je veux seulement un rayon du soleil. Les profondeurs où je vis sont plongées dans l'obscurité. Je voudrais y apporter un peu de lumière. » 

 Touché par cette demande, Giovanni grimpa jusqu'au soleil et en décrocha un rayon. 

 Le Poufre le remercia avant de disparaître dans sa grotte. 

 L'année suivante, il revint.  Giovanni lui offrit un deuxième rayon.  Puis un troisième.  Et ainsi de suite. 

 À cette époque, raconte la légende, le soleil possédait huit rayons, comme les huit tentacules du Poufre. 

 Pendant sept solstices d'été, Giovanni offrit au monstre un rayon de lumière. 

 Mais lorsque arriva le huitième été, il ne restait plus qu'un seul rayon.  Giovanni comprit alors que s'il le donnait, le monde serait plongé dans les ténèbres. 

 Le Poufre, aveuglé par son désir, tenta de s'en emparer lui-même.  Il renversa les bateaux du port en essayant d'atteindre le soleil. 

 Alors Giovanni saisit une caisse en bois pour l'utiliser comme pavois.  Il attrapa le dernier rayon du soleil et, comme une lance, le planta dans l'œil du Poufre. 

 Le monstre disparut dans les profondeurs à jamais.

 Une légende qui raconte Sète 

 Ce qui me touche dans cette histoire, c'est qu'elle rassemble en quelques pages tout ce qui fait l'identité de Sète. 

 Le pavois, d'abord.  Dans la légende, Giovanni se sert d'une caisse en bois comme bouclier avant de transformer le dernier rayon du soleil en lance. 

 Impossible de ne pas y voir un écho aux joutes nautiques, où deux jouteurs s'affrontent sur leurs barques, armés d'une lance et protégés par leur pavois. 

 Puis il y a le Poufre. 

 À Sète, impossible de parler de poulpe sans penser à la tielle, cette tourte ronde à la pâte dorée, généreusement garnie de poulpe mijoté. 

 J'aime y voir un clin d'œil à la légende. Sa forme rappelle le soleil de Méditerranée.  Son cœur cache le Poufre. 

 Comme si la cuisine sétoise avait, elle aussi, conservé un morceau de cette vieille histoire. 

 Une ville née de la mer 

 Sète est une ville relativement jeune. 

 Elle est fondée en 1666, sous le règne de Louis XIV, pour doter le royaume d'un grand port sur la Méditerranée, à l'extrémité du Canal du Midi.

 Depuis sa création, la mer façonne son identité. 

 Les pêcheurs, les marins, les canaux, les quais et les traditions rythment la vie de la ville. 

 Parmi elles, les joutes nautiques occupent une place à part. 

 Si elles sont devenues l'un des symboles de Sète, leurs origines sont bien plus anciennes.  Elles puisent leurs racines dans les affrontements nautiques pratiqués dès l'Antiquité.  On évoque souvent les nautonniers égyptiens, ces bateliers qui se défiaient sur le Nil, ainsi que les traditions maritimes qui se sont ensuite diffusées dans le bassin méditerranéen avant de trouver à Sète un terrain d'expression unique. 

 Chaque été, les joutes rassemblent les Sétois autour d'un spectacle où se mêlent adresse, courage, musique et transmission. Elles ne sont pas seulement un sport : elles sont un patrimoine vivant. 

 Pourquoi cette légende m'accompagne 

 Je vis à Sète.  J'y travaille.  Chaque jour, je longe les quais, j'observe les bateaux, la lumière sur l'eau, les joutes, les pêcheurs qui rentrent au port et cette Méditerranée qui change de visage selon les saisons. 

 Cette ville nourrit mon imaginaire depuis des années. 

 C'est sans doute pour cela que la mer est si présente dans mon travail. 

 Le poulpe, les vagues, les pavois, les créatures marines, les légendes et les symboles reviennent naturellement dans mes créations. 

 Je ne cherche pas à reproduire Sète. 

 J'essaie d'en capturer l'esprit. 

 Chaque bijou que je crée est une manière de prolonger ces histoires, de leur donner une nouvelle forme et de permettre à ceux qui les portent d'emporter avec eux un fragment de cette ville que j'aime tant. 

 La collection POUFRE SOLEIL est née de cette envie : transformer une légende oubliée en un objet que l'on peut porter, transmettre et faire vivre. 

 Car les plus belles traditions ne sont pas celles que l'on enferme dans les livres. 

 Ce sont celles que l'on continue à raconter.